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Dépaysement sur un terril enneigé à Trazegnies

 Être ailleurs… ici

paysage enneigé ciel et oiseau noir

 

Le soleil se lève quand j’arrive à mon point de départ sur le Ravel. Je téléphone vite fait à ma petite sœur. Je lui dis toujours quand je pars en balade et où je vais. Au cas-où.

Les oiseaux chantent. Le paysage enneigé est magnifique. Je croise un promeneur. Il voit mon sac et mon trépied. « Vous êtes photographe ? Il va faire beau, profitez-en. Vous allez pouvoir faire de belles photos. »

branche avec de la neige et champignons pris sous la glace
Je suis un sentier à travers champs. Une énorme flaque d’eau gelée scintille sous les rayons du soleil. C’est splendide. Plus loin, j’observe des traces de lapins dans la neige. Il faudra que je revienne essayer de les prendre en photo.
Le vent se lève et le ciel se couvre. J’ai le visage engourdi comme après des piqûres chez le dentiste. Le froid polaire tant annoncé est bien là et ce n’est pas pour me déplaire.

Je ne suis plus très loin de ma destination, un terril à Trazegnies. J’y suis allée deux fois l’année dernière. C’est un des plus beaux terrils que j’ai exploré jusqu’à présent. C’est même un site de grand intérêt biologique.

Je me rends vite compte qu’arpenter un terril sous la neige n’est pas évident. Du moins, si on n’est pas un promeneur régulier des lieux. Il y a de nombreuses plaques de glace sous la neige, pas toujours repérables. Je m’enfonce à plusieurs reprises dans l’eau glacée. Heureusement, j’ai mis mes chaussures de randonnée adaptées pour ces conditions.

bois sous la neige

Je repère des pas et décide de les suivre par prudence. Je m’arrête régulièrement pour admirer le paysage qui est incroyable. J’aime me promener sur les terrils mais sous la neige, c’est encore plus dépaysant.

étang avec roselière sur terril enneigé

Les pas bifurquent vers la droite, comme pour grimper sur le sommet du terril. Le sol est glissant. Je décide de continuer tout droit. Mauvaise idée Mel !

Le sentier se transforme en une immense plaque de glace. Entre son extrémité et les buissons, l’espace pour me déplacer est très étroit. Par moment, je dois avancer en courbant le dos pour passer sous des branches assez basses.

J’observe en contre-bas un petit étang gelé. Avec les arbres et la neige, je me sens vraiment ailleurs. Je vois du mouvement. J’attends et observe attentivement. C’est un rougegorge qui sautille sur la glace. Quel spectacle ! Je reste là un moment jusqu’à ce qu’il s’envole.

arbres sous la neige et étang gelé

J’arrive à la fin de la route. Par où aller ? Je me connecte. Impossible d’avoir du réseau et donc, d’accéder à Google Maps. Je suis obligée de faire demi-tour. Je retourne là où j’ai arrêté de suivre les pas. J’hésite. Grimper ou retourner à mon point de départ ?

Je tente l’ascension malgré le sol glissant. Je range mon appareil photo dans mon sac par précaution.  Je suis le même chemin abrupt que mon prédécesseur. Je suis à 3 mètres du sommet quand je commence à glisser. Je n’ai pas d’arbres autour de moi pour m’agripper. Je dévale la pente sur les fesses de quelques mètres. Sur le coup, mon humeur n’est plus trop à l’émerveillement, vous vous en doutez. Pas le choix désormais que de retourner à mon point de départ.

Je retrouve assez vite ma bonne humeur grâce à ce qui m’entoure. Je suis l’allée principale jusqu’à l’étang. Il a débordé avec les dernières pluies et est maintenant gelé. C’est beau à voir. Il y a pas mal d’oiseaux à cet endroit. Je me dis qu’il faudra que je revienne avec mon objectif 70-300mm pour les photographier.

Il est temps de rentrer me réchauffer. Je commence à fatiguer. Bilan de cette journée : du dépaysement, de jolies rencontres ornithologiques et 18km de marche au compteur.

Deux jours plus tard, je retourne sur le terril pour faire des photos d’oiseaux. Le ciel est bleu et devrait le rester durant toute la journée selon les prévisions météorologiques.

Je décide de prendre un autre chemin pour y aller. Quelle bonne idée ! J’y croise quelques étourneaux sansonnets. J’en ai vu en photo dernièrement sur les réseaux sociaux. C’est la première fois que je les observe. Ils sont plusieurs sur un arbre et je peux vous dire qu’ils se font entendre.

étourneaux sansonnets sur branche d'arbre ciel bleu

Un peu plus loin, c’est un rougegorge qui attire mon regard. Il est vraiment tout près. C’est la première année que j’en vois autant.

ciel bleu et rouge-gorge sur une branche

Le terril n’est plus très loin. Il est déjà 10h. Quand je pars en balade, c’est toujours comme ça. Je m’arrête souvent pour observer un paysage, une espèce animale ou végétale. Ce qui explique que je peux partir à 8h et rentrer vers 15h en ayant seulement fait une quinzaine de kilomètres.

Changement de programme inattendu. Je ne finirai pas ma balade seule. Une équipe de la RTBF va me rejoindre en début d’après-midi. Ils préparent un reportage sur la neige, source d’inspiration photographique. Je stresse un peu. Parler de moi et en public n’est pas mon point fort. En plus, je suis partie ce matin en mode « Mel l’exploratrice ». Ce qui signifie que j’ai cumulé les couches pour ne pas avoir froid et que j’ai misé sur une tenue un peu « camouflage ».

Je ne perds pas pour autant l’objectif de ma journée : photographier des oiseaux !

J’arrive à l’étang gelé quand je vois une petite boule beige aller de branche en branche. Cet oiseau n’est pas très grand et très énergique. Je le suis avec l’objectif. Je fais plusieurs photos. J’espère en avoir une convenable pour arriver à le reconnaître (une connaissance m’apprendra qu’il s’agit du roitelet huppé). Il est tout mignon avec sa petite crête jaune. En parlant de mignon, c’est un troglodyte mignon que j’observe juste après.

roitelet huppé entre branches d'arbre

J’entends une buse approcher. Elles sont trois à survoler la zone. Il y a trop d’arbres autour de moi pour arriver à faire une photo. Je décide d’aller vers les champs. La vue y est dégagée et j’en verrai peut-être une posée sur un poteau. Le temps d’y arriver, elles étaient parties. Dommage.

Je retourne dans les bois faire quelques photos des végétaux et de la neige. Je vais ensuite jusqu’au château de Trazegnies. Il y a un immense platane au milieu de la cour qui va avoir 300 ans. Il est majestueux ! Je prends quelques photos avant de retourner sur le terril avec l’équipe de la RTBF. C’est super de pouvoir parler de ma passion pour la photo et de mon intérêt pour la nature et les terrils. Même si je vous avoue que je ne suis pas très à l’aise devant la caméra.

terril enneigé lac gelé arbres

L’interview se termine et je décide de rentrer en bus. J’ai marché 16km et je n’ai plus la force d’en faire d’autres aujourd’hui.

19h30, le JT commence. Normalement, le reportage passe ce soir. J’ai peur de me voir à l’écran ! Ça y est, c’est le grand moment. J’ai le visage tout rouge boursouflé avec le vent et le froid. Mon accent me semble encore plus prononcé que d’habitude. Mais c’est moi, Mel l’exploratrice 😅

J’ai été surprise des nombreux retours suite à mon passage à la télévision. Certains mots m’ont vraiment touchée. Ce soutien et ces encouragements me font super plaisir. Ça m’encourage à persévérer et ça me réconforte dans le fait qu’en 2021, on peut rester soi-même, simple, authentique et être appréciée. Merci pour tout ça 💚

Les photos qui illustrent cet article ont été prises avec mon Canon 6D Mark II et les objectifs EF 24-105mm f/4L IS II USM et 70-300mm f/4-5.6L IS USM.

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